Basel Solaiman, responsable du département Image et traitement de l’information à Télécom Bretagne, rentre d’un séjour d’étude de 3 mois passé à Québec. Il a séjourné, de la mi mai à la mi août, au RDDC (Recherche et Développement pour la Défense Canada – Valcartier) et à l’université Laval. Il s’intéresse en particulier à la fusion d’informations. Interview.
CLL : Basel, peux-tu nous présenter le RDDC et l’université Laval, les deux organismes qui t’ont accueilli durant ton séjour à Québec ?
BS : Le RDDC est l’équivalent de l’Onera (Office national d’études et recherches aérospatiales) en France. Il dépend du ministère canadien de la Défense. Les 300 chercheurs qui y travaillent sont des civils. Leurs activités de recherche touchent à tous les domaines liés aux technologies avancées (télécommunications, électronique…). Leur point fort est le traitement de l’information. Pour ma part, j’ai été accueilli au sein d’une équipe de 40 chercheurs spécialisée dans la fusion d’informations et plus particulièrement dans la fusion multi-sources ou multi-capteurs. Leurs activités sont évidement à finalité militaire, mais ils possèdent également une expérience académique qui les place au 1er rang mondial dans le domaine de la fusion. L’université Laval quant à elle est la plus grande université du Québec. Ses points d’excellence sont la médecine et les sciences géomatiques (systèmes multimédia, reconstruction 3D, télédétection…).
CLL : Quelle était ta mission scientifique à Québec ?
BS : J’ai réalisé un bilan du développement et des orientations stratégiques futures de la fusion d’informations, à la fois sur le plan de la recherche et sur celui des applications. Notons au passage que l’Institut Télécom, via ses différentes écoles, a fortement participé à la diffusion de cette thématique et ceci depuis une dizaine d’années. En 1999, nous avions en effet monté « Fusion », la première conférence internationale du genre, en partenariat avec l’Onera, le RDDC et l’Otan. Et en 2000, la seconde conférence s’était d’ailleurs tenue en France.
CLL : Fusion d’informations multi-sources ou multi-capteurs, de quoi s’agit-il exactement ?
BS : Bien entendu, les applications les plus avancées concernent le domaine militaire. Prenons cependant le cas d’une application civile. Un véhicule peut être équipé d’un capteur radar qui mesure la distance entre le véhicule et un obstacle potentiel, d’un capteur infrarouge qui permet la vision de nuit et d’une caméra optique pour voir une image « classique ». L’exploitation conjointe de ces trois capteurs donne naissance à des outils d’aide à la conduite, avec toutes les applications qui en découlent. Cela concerne également le domaine médical pour lequel se pose la question du traitement conjoint des informations (image ultrason et image IRM et même des bases de données médicales), c’est-à-dire de la fusion d’informations dites multi-sources ou multi-canal.
CLL : Peux-tu nous présenter les orientations stratégiques futures liées à la thématique de la fusion d’informations ?
BS : Tout d’abord, les militaires financent énormément cette activité, mais ils orientent leurs travaux de recherche essentiellement vers l’environnement militaire. D’importantes opportunités apparaissent donc dans le monde civil. Nous pourrions à cet effet envisager des projets de coopération sur la thématique de la fusion avec le RDDC. 4 chercheurs qui travaillent actuellement au RDDC ont été formés, en tant que doctorants, au département Image et traitement de l’information de l’École. Certains d’entre eux sont à présent chercheurs associés à Télécom Bretagne. Ils sont très preneurs de thèses en cotutelle et proposent même d’accueillir des chercheurs en courts séjours afin de renforcer l’échange scientifique déjà existant. D’autre part, la fusion d’informations est devenue une véritable discipline scientifique. Il y a donc beaucoup d’efforts académiques qui s’orientent vers la formalisation des enseignements liés à cette discipline. Pour ce qui concerne directement Télécom Bretagne, actuellement les élèves ingénieurs de la filière 4 bénéficient d’un cycle de conférences d’une dizaine d’heures sur cette thématique. Nous nous interrogeons sur le fait de généraliser cet enseignement, en tant que matière à part entière, aux quatre filières de la 3e année.
CLL : Pour conclure cette interview, peux-tu témoigner des points qui t’ont particulièrement marqué pendant ce séjour et de l’intérêt d’effectuer un sabbatique pour un enseignant-chercheur ?
BS : J’ai été marqué par ce que l’on nomme les « Scoping Studies », c’est-à-dire des études prospectives financées qui permettent d’avoir une vision stratégique à long terme et de s’engager dans la recherche sur des bases solides. C’est quelque chose qu’il faudrait qu’on développe en France. J’ai également apprécié leur sens de l’équipe et leur attachement à l’institution dans laquelle ils travaillent. Enfin, dans le domaine des télécommunications, la vitesse des avancées technologiques et techniques est extrêmement rapide. Par conséquent, je dirais qu’un séjour sabbatique permet de se positionner, de prendre du recul sur sa propre activité de recherche et de collecter de nouvelles idées. Il s’agit donc d’un « must » afin que notre Institut reste leader dans nos domaines d’activités.
Contact : Basel Solaiman, responsable du département Image et traitement de l’information, basel.solaiman@telecom-bretagne.eu, 02 29 00 13 08.
Pour aller plus loin :
- http://perso.telecom-bretagne.eu/~solaiman
- www.drdc-rddc.gc.ca/index1-fra.asp
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