Interview

Samir Saoudi est enseignant-chercheur au département Signal et communication à Télécom Bretagne. C’est un spécialiste du traitement du signal et de la parole, des probabilités, des processus stochastiques et de la multi-détection pour les radiocommunications mobiles de 3e génération, UMTS. Il a passé 3 mois, du 1er juin au 31 août, chez Orange Labs au Japon. Il revient avec deux publications, dont l’une sera publiée très prochainement dans la revue IEEE Transactions, et un brevet commun avec les équipes de recherche d’Orange Labs. Il a également « préparé le terrain » pour d’autres enseignants-chercheurs et des étudiants intéressés par le milieu industriel et universitaire japonais.

Samir Saoudi, enseignant-chercheur au département Signal et communication
Samir Saoudi, enseignant-chercheur au département Signal et communication .
Crédits photos : Télécom Bretagne / Céline Castel.

Cendrine Le Locat : Vous êtes parti chez Orange Labs au Japon afin de développer vos activités de recherche. Pourquoi avez-vous choisi le Japon comme destination pour ce sabbatique ? Et pourquoi Orange Labs en particulier ?

Samir Saoudi : Enseignant-chercheur à Télécom Bretagne depuis 1990, j’y ai tout d’abord effectué ma formation d’ingénieur (promo 1987). Après une thèse au CNET (1) à Lannion en codage de la parole, j’ai débuté à Télécom Bretagne en tant que chargé d’enseignement et de recherche. Je suis ensuite passé maître de conférence, puis professeur. J’avais besoin d’« aller voir ailleurs ». Je cherchais un changement radical. Le Japon m’a semblé répondre à ce critère, tant sur le plan industriel que culturel. Je suis parti chez Orange Labs, au sein d’une équipe de recherche en communication sans fil, car j’avais un objectif de publications scientifiques communes Orange Labs/Télécom Bretagne. Cet objectif est largement atteint puisque je rentre avec deux publications. L’une sortira dans la revue IEEE Transactions. L’autre n’a pas encore été soumise car je suis en attente du brevet. Orange Labs a en effet décidé de déposer un brevet commun avec Télécom Bretagne.

Samir Saoudi devant l'entrée de Docom R&D
Le drapeau Français a été hissé à l’occasion de la visite de Samir Saoudi chez Docom R&D.
Crédits photos : Samir Saoudi.

CLL : Vous avez développé une méthode d’estimation rapide de la probabilité d’erreurs applicable à n’importe quel système de communications numériques. Pouvez-vous expliquer en quoi consiste cette nouvelle méthode ?

SS : Cette méthode, intitulée "Fast Soft Bit Error Rate estimation", est basée sur des valeurs soft de l’observation. Il s’agit d’une alternative à la méthode de Monte Carlo. Elle est innovante dans la mesure où elle demande moins d’échantillons que celle de Monte Carlo pour trouver le bon modèle mathématique. Elle pourra par exemple être utilisée lors de la mise en place d’un turbo-codeur pour étudier ses performances. Elle permet de simuler, en moins d’une minute, une probabilité d’erreurs de 10-15 alors qu’avec la méthode de Monte Carlo, il faut des mois pour y arriver !

CLL : Qu’avez-vous observé de particulier chez Orange Labs ?

SS : Je travaillais dans une équipe d’une dizaine de personnes, dans un environnement international. Nous avions chaque semaine une réunion avec parfois une visio-conférence avec des équipes situées dans le monde entier. C’était l’occasion de faire le point sur l’activité de la semaine passée et de présenter les objectifs de la semaine à venir. C’est particulièrement motivant de savoir ce que font les autres. Cela suscite l’entraide entre collègues. Pour ma part, cela m’a permis de voir que je pouvais apporter ma contribution en résolvant certains problèmes, notamment mathématiques.

Samir Saoudi en compagnie, le temps d'un dîner dans un restaurant coréen, d'anciens élèves diplômés de Télécom Bretagne
Samir Saoudi en compagnie, le temps d’un dîner dans un restaurant coréen, d’anciens élèves diplômés de Télécom Bretagne.
Crédits photos : Samir Saoudi.

CLL : Votre séjour aura également permis de développer de nouveaux partenariats possibles avec le Japon et Fujitsu en particulier. Pouvez-vous développer ce point.

SS : J’ai fait des présentations de Télécom Bretagne et de mes activités de recherche auprès de deux universités (2), d’industriels (3) et de la mairie de Yokosuka avec laquelle Brest est jumelée. J’ai rencontré des anciens élèves de Télécom Bretagne. Avec Fujitsu, j’ai eu le feu vert pour qu’ils accueillent un enseignant-chercheur en séjour sabbatique. Avec l’UEC, j’ai eu l’accord pour effectuer des échanges de stagiaires. Orange Labs a recruté une de mes élèves qui vient de finir la filière 4 pour préparer un doctorat sous ma direction. Deux contrats de recherche seront signés avec Orange Labs. Par ailleurs, le président de Conex-Japan (ancien élève de Télécom Bretagne installé au Japon depuis plus de 25 ans, promo 81) propose de nous rendre visite avant fin 2009 pour étudier les possibilités de collaboration.

CLL : Sur le Japon, et Tokyo en particulier, quelles sont vos observations ?

SS : Tokyo et sa banlieue, c’est 30 millions d’habitants. Imaginez la densité de population que cela représente ! J’ai été frappé par la politesse et le sens de l’organisation des Japonais. Quand ils marchent dans la rue, ils forment une ligne. Ils font la queue partout, même pour traverser la rue. Ils sont très disciplinés. Quand vous entrez dans un magasin, s’il y a quatre employés, les quatre vous saluent et vous souhaitent la bienvenue. Quand vous passez à la caisse dans un supermarché, vous avez pas moins de 3 ou 4 personnes à s’occuper de vous. La notion de service est très développée. Dans le métro, le système de paiement repose sur la confiance. Le prix dépend de la distance parcourue. Si vous êtes perdu et ne savez pas combien il faut payer, il suffit de payer le minimum à l’entrée. Vous réglerez le reste à la sortie. Ce qui m’a également marqué, c’est qu’on rencontre un peu partout des personnes qui ont plus de 70 ans et qui travaillent encore afin de compléter leur retraite. Enfin, en une semaine, j’ai assisté à trois tremblements de terre. Au premier, j’étais paniqué. Ensuite, et après avoir observé les réactions des japonais, j’ai compris que cela ne servait à rien. J’ai également le sentiment que, pour les japonais, le travail passe avant la famille. Ils travaillent énormément.

CLL : Vous avez appris le japonais sur place.

SS : Oui, par le biais de la mairie de Shinjuku à Tokyo. Même si l’anglais était la principale langue de travail, j’ai suivi 2 heures de cours de japonais par semaine afin d’être à même de tenir une conversation basique. Il y a trois façons d’écrire le japonais. J’ai appris le Katakana. Les cours étaient assurés par des bénévoles et ne coûtaient que 20 € par trimestre.

Pour en savoir plus : voir la page perso de Samir Saoudi.

Contact : Samir Saoudi (Tél. : 02 29 00 11 79 – samir.saoudi@telecom-bretagne.eu).

(1) Centre national d’études des télécommunications, devenu France Télécom R&D en 2000, puis Orange Labs en 2007. (2) Keio University et University of Electro-Communications à Tokyo (UEC). (3) Fujitsu, KDDI R&D, NEC R&D, NTT-DoCoMo R&D et Conex Japan.