Interview

Gilles Coppin, enseignant-chercheur spécialisé dans la coopération homme-machine, revient à l’École après un congé sabbatique d’un an passé au Massachusetts Institute of Technology (MIT) à Cambridge (USA), la plus prestigieuse université américaine dans les domaines des sciences et des technologies. Ce séjour était pour lui l’occasion de se recentrer sur ses activités de recherche et de préparer son habilitation à diriger des recherches (HDR), qu’il a soutenue le lundi 22 octobre à l’Université de Paris 6.

L'entrée officielle du MIT au
L’entrée officielle du MIT au “77 Massachusetts avenue”.
Crédits photos : © Gilles Coppin.

CLL : Gilles, vous rentrez tout juste des États-Unis. Qu’étiez-vous parti faire au Massachusetts Institute of Technology ?

GC : Je suis parti en août 2006, pour un séjour sabbatique d’un an au département « aéro-astro » du MIT. Ce département est spécialisé dans les activités spatiales et aéronautiques. Je travaillais au sein du Laboratoire Humans and Automation Lab sur la coopération homme-machine et plus spécifiquement sur le contrôle « multi-drone ». Ce sont des engins autonomes, également appelés Unmanned Aerial Vehicles (UAV), qui permettent la surveillance de zones sensibles à distance. Ils sont utilisés à titre militaire et civil. Lorsque je ne travaillais pas à proprement parler sur ma thématique de recherche, je donnais des cours sur l’aide à la décision, je participais à des séminaires et des conférences, ou j’encadrais des jeunes chercheurs. J’ai également organisé, en avril 2007, une table ronde au MIT sur le codage à laquelle deux enseignants-chercheurs de l’ENST Bretagne, Claude Berrou et Ramesh Pyndiah, ont participé. En juin 2007, j’ai représenté l’École au MIT lors de la conférence "Rethinking engineering education" organisée par le CDIO (Conceive Design Implement Operate), un groupe de travail international qui planche sur la pédagogie dans les formations d’ingénieurs.

The Stata building
The Stata building, un des bâtiments les plus récents du MIT où cohabitent bureaux et laboratoires.
Crédits photos : © Gilles Coppin.

CLL : Y a-t-il des similitudes entre une équipe de recherche française et une équipe de recherche américaine ?

GC : Comme dans la plupart des pays anglo-saxons, un laboratoire de recherche est constitué autour d’un professeur. Celui-ci travaille avec une cohorte de « post-doc », de thésards, de chercheurs invités, de sabbatiques (comme moi) et d’étudiants. Les étudiants sont d’ailleurs impliqués dès leur 1re année de formation dans les équipes de recherche, ce qui n’est pas le cas chez nous. L’autre point important est le niveau d’exigence vis-à-vis des équipes de recherche. Elles sont extrêmement autonomes, cela signifie qu’elles sont maîtres de leur destin. Mais cela à tous les niveaux. De ce fait, les enseignants, les étudiants… sont tous « dans le même sac » et poursuivent un objectif commun. Ils sont plus spécialisés et soumis à la logique de production (publications, contrats de recherche…) que nous. De ce fait, ils apprennent sur le tas tout ce qui relève de la gestion de projet, et doivent être extrêmement réactifs face à un problème.

CLL : Comment sont perçus les scientifiques français dans un environnement aussi concurrentiel ?

GC : D’une manière générale, que ce soit de la part des enseignants ou des élèves, les Français sont appréciés. En fait, nous sommes très bien accueillis dans la mesure où ils perçoivent que nous pouvons leur apporter quelque chose dans leur domaine de recherche et que cela fait avancer leur travail. Les Français sont reconnus pour leur formation généraliste et donc polyvalente, leur approche conceptuelle et leur capacité à prendre du recul. Le pendant, c’est que sur place nous devons nous mettre en action rapidement pour produire des résultats.

CLL : Ce sabbatique a-t-il permis de créer de nouvelles opportunités pour l’ENST Bretagne ?

GC : GC : Plusieurs accords sont en cours. Avec le MIT bien entendu, mais également, grâce aux rencontres que j’ai faites sur place, avec l’Université de Technologie du Queensland (QUT) à Brisbane en Australie et l’Université de Waterloo au Canada. Ces accords devraient permettre des échanges d’élèves et des collaborations dans le cadre d’organisation de conférences et de travaux de recherche. C’est déjà le cas avec QUT puisque deux de nos élèves ingénieurs vont y effectuer un semestre 4 dès février prochain.

L’été indien en Nouvelle Angleterre (novembre 2006).
Crédits photos : © Gilles Coppin.

CLL : Vous êtes parti avec votre famille ?

GC : Oui, ma femme et mes deux enfants, l’une de 12 ans et l’autre de 7 ans. Ma femme est professeur en informatique à l’Université de Bretagne Occidentale (UBO) à Brest. Elle a obtenu un sabbatique pour la même période à l’Université du Massachusetts. L’organisation de notre séjour a été un peu complexe. J’ai dû inscrire les enfants à l’école sur place dès le mois de janvier alors que les dernières formalités n’ont pu être réglées qu’en …. juin. Bref… je passe les détails. Heureusement nous habitions sur le campus du MIT, et notre installation n’en a été que plus facile. Nous avons profité pour nouer des liens avec les quelque 350 étudiants de notre ‘‘dorm’’. J’ai même organisé pour eux des cours de cuisine française, des projections de film français…

CLL : Un séjour d’un an suppose un minimum de préparation. Pouvez-vous nous expliquer comment vous vous y êtes pris ?

GC : En 2004, j’ai passé une semaine au MIT et, à cette occasion, j’avais déjà initialisé des contacts sur place. Ensuite, j’ai contribué à faciliter la venue, sur le campus de Brest, de Muriel Médard, enseignant-chercheur au MIT, et désormais co-directrice du LIDS. J’ai également permis à un élève du master recherche « Sciences et Technologies » (mention « Génie mathématique et informatique », spécialité « Interactions homme-machine ») d’effectuer un stage sur place en 2005. Puis début 2006, j’ai commencé à mettre en place mon projet de séjour. Dans ce type de séjour, ce qui compte, c’est le contenu du projet et le contact avec la ou les personnes qui travaillent directement sur le sujet. Plus le plan de travail est précis, plus c’est facile. Ce ne sont pas les collaborations institutionnelles qui permettent la mise en place de coopérations de cette nature. La préparation « officielle » n’a donc démarré que fin 2005/début 2006 pour prendre effet à l’été 2006 mais a dû être précédée de tout un tas de contacts officieux.

CLL : Enfin, comment avez-vous financé votre séjour ?

GC : Mon sabbatique m’a été accordé par le Directeur dans le cadre des mesures prévues à cet effet dans le cadre de gestion. J’ai donc pu conserver mon salaire sur la période de mon sabbatique. J’ai également bénéficié d’un financement complémentaire de la Direction Générale pour l’Armement (DGA). La DGA finance chaque année jusqu’à 14 dossiers de ce type, en contre partie de la production d’un rapport de recherche sur une thématique définie. Les pays qui les intéressent sont le Japon, l’Australie et les USA. Ce type de financement est non négligeable compte tenu du surcoût que représente un tel séjour.

Contact : Gilles Coppin (Tél. : 02 29 00 12 08 – Gilles.Coppin@enst-bretagne.fr).